Guerre, terrorisme, propagande et médias sociaux

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Les médias sociaux, on en parle tous très souvent. Que cela soit pour partager ses dernières photos avec tata Simone, pour s’exprimer, pour écouter, ou encore pour des usages B2C (Business to Client) et B2B (Business to business). Pourtant ils peuvent également avoir d’autres utilités.

Guerre et terrorisme : « les codes ont changé »

Aujourd’hui alors que les guerres ne se remportent plus seulement sur les champs de batailles et que l’opinion publique revêt une importance toujours plus capitale, nos réseaux sociaux se transforment en de véritables théâtres d’opérations pour une sanglante guerre de communication.
Le meilleur exemple est celui de l’offensive de Daesh, « l’Etat Islamique » en Syrie et en Irak, accompagnée de la contre-offensive menée par la coalition internationale.
Contrairement à Al-Qaïda qui fonctionnait en sous-marin et de façon presque totalement obscure ou en tous cas non coordonnée, Daesh est ancré dans la modernité pour ce qui est de ses moyens de communication.

Un ancrage des terroristes dans la modernité et les outils occidentaux

Daesh peut compter des dizaines milliers de comptes Twitter qui lui sont affiliés directement ou indirectement, des milliers de comptes Youtube qui relaient sans arrêt des vidéos à sa gloire, etc. Et malgré les efforts de Twitter et de Google, tous les comptes supprimés réapparaissent rapidement  avec quelques modifications de leurs noms dans un cercle infernal de diffusion de leur propagande.

Face à cela, comme nous allons le voir, la coalition est presque absente des réseaux. On retrouve presque seulement des relais institutionnels proposant des comptes-rendus d’opérations ou de décisions, et quelques chaines très peu suivies et relayées de propagande de l’armée américaine.

La stratégie marketing de Daesh

Pour Daesh, la stratégie est simple et son objectif est clair. Il s’agit de toucher partout à travers le monde (tout au moins où l’on peut capter un réseau internet) de potentiels sympathisants pour les transformer en potentielles nouvelles recrues. Si ce n’était si morbide, il pourrait presque s’agir de conversion de leads…

Cela se fait par un nombre gigantesque de relais sur tous les réseaux sociaux et tous les médias auxquels ils ont accès,  associés à une multiplicité de contenus proposant plusieurs types de profils.

On y retrouve de la propagande habituelle chez les extrémistes de ce poil dénonçant le grand Satan de l’Occident, mais aussi des vidéos d’exécutions sommaires, des critiques plus particulières sur le mode de vie des occidentaux et leurs prétendues travers, ainsi que du support « marketing-jeune » constitué de memes (oui, carrément !), de courtes vidéos humoristiques, etc. Bref, de manière un peu capilotractée et volontairement provocante, on pourrait dire qu’il s’agit de marier, de façon très efficace auprès des sympathisants, l’AK-47 à un marketing B2C jeune et dynamique.

Daesh propose ainsi toute la panoplie de la communication / marketing moderne qui était absente des autres mouvements terroristes que nous avons précédemment connus. Elle propose un slogan, un drapeau, une identité visuelle immédiatement reconnaissable (sur les sites, les vêtements des membres, etc). Tout cela forme autant de signes de reconnaissance et de ralliement qui permette de reconnaître et promouvoir ce mouvement.
Et enfin, on retrouve le produit vendu… : son projet de société, si l’on ose l’appeler comme ça.

Ce mélange de barbarie, d’extrémisme et de marketing étonnant est malheureusement d’une grande efficacité du fait de son caractère particulièrement viral auprès de ses cibles, en en faisant une de ses armes les plus dangereuses.

D’autant plus que, face à cela, il y a très peu d’opposition, si ce ne sont quelques dispositifs de réponse et les efforts des plateformes médias pour tenter, relativement en vain, d’endiguer le flux de contenus et de diffuseurs.

Une opposition faible des gouvernements occidentaux

Ainsi, sans parler plus de l’absence quasi-complète des autres membres de la coalition sur ce terrain du web, concentrons-nous donc sur la stratégie de réponse mise en place par les USA. Sur les réseaux sociaux, il s’agit pour eux de proposer soit des vidéos de propagande classiques montrant à quel point l’armée c’est sympa, soit de la propagande non moins classique démontrant que l’ennemi n’est vraiment pas sympathique. En résumé : pas de quoi créer de l’engagement !

Les seuls à être actifs et pouvant tenter de lutter à arme égale sont la poignée de membres de la cellule de communication anti-terroriste qui proposent, dans les langues locales du Moyen-Orient, des argumentaires et des preuves de la mauvaise-foi et des incohérences présentes dans les discours de Daesh. L’idée étant d’instiller le doute dans l’esprit des personnes susceptibles de recevoir favorablement les messages de Daesh en démontant leurs argumentations fallacieuses par des faits scientifiques, par des faits historiques, par des propositions de dialogue et d’explications.Un autre axe du combat mené par les mots a été celui de nier même l’appellation que se donne le prétendu Etat Islamique, en lui refusant à la fois la qualité d’Etat et celle d’affiliation à l’Islam. C’est pourquoi les pays occidentaux parlent aujourd’hui plutôt de Daesh (bien que l’acronyme ait le même sens).

Au delà des positions étatiques et gouvernementales, il ne faut pas oublier que les réseaux sociaux restent les lieux d’expressions de tous, et spécialement ceux des particuliers.

Les médias sociaux comme vecteur de résistance au terrorisme

Face à ces offensives de com’ numérique de Daesh, les gouvernements ne sont pas les seuls à pouvoir agir et les simples particuliers s’organisent quelque peu. Même si l’ampleur n’est pas équivalente à l’engagement des extrémistes, on peut noter ces derniers jours fleurir un peu partout sur le web et les réseaux sociaux des photos #NotInMyName postée par des musulmans de partout à travers le monde qui veulent démarquer leur foi des agissements terroristes et des atrocités commises prétendument en son nom.
Ainsi, même avec des particuliers pas toujours bien organisés et au manque de moyen, on peut tout de même supposer que, sur le terrain de la viralité, la meilleure réponse reste celle que chacun peut apporter à son niveau et parmi son réseau !

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